Un audit fundraising ne devrait pas commencer par une liste d’outils à acheter, de canaux à lancer ou de bonnes pratiques à appliquer. Il devrait commencer par une question plus simple : savons-nous précisément où la collecte crée de la valeur, où elle en perd et quelles décisions sont réellement prioritaires ?

Dans un secteur où les dons restent élevés mais où la base active de donateurs subit une pression, investir davantage sans comprendre le système peut amplifier autant les forces que les faiblesses.

Un bon audit ne produit pas plus d’informations. Il réduit l’incertitude au moment de décider.

Voici les 25 questions que nous utiliserions pour structurer un diagnostic fundraising. Elles ne constituent pas une norme universelle : elles forment un cadre de travail pour relier stratégie, acquisition, relation donateur, données et capacité opérationnelle.

Avant de commencer : ce qu’un audit doit produire

À la fin, une organisation devrait pouvoir répondre à quatre choses :

  • ce qui fonctionne réellement aujourd’hui ;
  • où les principales pertes ou fragilités se situent ;
  • quelles actions ont le meilleur rapport impact / effort ;
  • ce qu’il faut mesurer pour savoir si les décisions prises améliorent la situation.

Pour éviter un diagnostic abstrait, nous regroupons les 25 questions en cinq blocs.

Bloc 1 — Modèle de fundraising et structure des revenus

1. D’où viennent réellement les revenus de fundraising ?

Répartir les recettes par ménages privés, grands dons, fondations, entreprises, legs, événements, institutions et autres sources. L’objectif est de voir la structure, pas seulement le total.

2. Quelle part du revenu dépend d’un petit nombre de financeurs ?

Une année peut être excellente tout en augmentant la dépendance. Identifier la concentration permet d’anticiper le risque.

3. Comment cette structure a-t-elle évolué sur trois à cinq ans ?

Une photographie annuelle peut être trompeuse. La tendance montre si la base se diversifie, vieillit, se concentre ou se renouvelle.

4. Quels revenus sont récurrents, prévisibles ou exceptionnellement volatils ?

Deux organisations avec le même revenu annuel peuvent avoir des niveaux de sécurité très différents selon la part de dons réguliers, de fondations ou de campagnes exceptionnelles.

5. Quels objectifs de collecte correspondent à une vraie capacité opérationnelle ?

Un objectif qui suppose de doubler l’acquisition sans capacité d’onboarding, de service donateurs ou de traitement des données n’est pas encore une stratégie.

La statistique Zewo 2024 illustre bien la nécessité de lire la structure : le volume national est resté élevé à 2,25 milliards de francs, tandis que la baisse de la base active a pesé sur les recettes de plusieurs organisations.

Bloc 2 — Acquisition et qualité des nouvelles cohortes

6. Combien de nouveaux donateurs acquérons-nous par canal ?

Il faut distinguer volume, origine et période. Sans cohorte, il devient très difficile de comprendre ce qui se passe après le premier don.

7. Quel est le coût complet d’acquisition ?

Média, production, prestataires, équipe, outils et coûts directement liés doivent être comptabilisés de manière cohérente entre les canaux.

8. Mesurons-nous le coût par signature, par activation ou par donateur réellement actif ?

En particulier dans le face-to-face ou le don régulier, ces trois coûts peuvent être très différents.

9. Quelle est la valeur à 3, 6 et 12 mois de chaque cohorte ?

Un CPA bas n’est intéressant que si la cohorte crée ensuite suffisamment de valeur et de continuité.

10. Quelles sources produisent les relations les plus durables ?

La source qui génère le plus de premiers dons n’est pas nécessairement celle qui produit la meilleure rétention ou la meilleure valeur nette.

Notre article sur la valeur d’un nouveau donateur détaille cette logique de CPA, rétention et valeur à 12 mois.

Bloc 3 — Parcours, onboarding et fidélisation

11. Que reçoit exactement un nouveau donateur pendant ses 90 premiers jours ?

Cartographier confirmations, remerciements, e-mails, courriers, appels et nouvelles sollicitations. Le parcours réel est souvent différent de celui imaginé par l’équipe.

12. Le remerciement confirme-t-il la promesse faite pendant l’acquisition ?

Une rupture entre la campagne et l’expérience post-don fragilise la confiance, surtout lorsque l’acquisition est très émotionnelle ou très personnalisée.

13. Quel est le taux de deuxième don ?

Pour le don ponctuel, le deuxième don est un premier indicateur simple de continuité. Il peut être suivi à 90, 180 et 365 jours.

14. Pourquoi les donateurs partent-ils ?

Annulation volontaire, communication inadaptée, incident de paiement, changement de situation, absence de contact : si les motifs sont tous classés « perdu », l’organisation apprend très peu.

15. Comment traitons-nous les échecs de paiement et les demandes de modification ?

Les incidents techniques sont des moments de relation. Une mauvaise procédure peut transformer un problème administratif en départ définitif.

Le parcours des 90 premiers jours est souvent l’un des meilleurs endroits pour identifier des améliorations rapides.

Bloc 4 — Digital, paiements et qualité des données

16. Combien d’étapes séparent l’intention du paiement ?

Sur mobile en particulier, chaque champ, redirection ou hésitation supplémentaire peut créer de la friction. Il faut tester le parcours réel, pas seulement le regarder depuis le back-office.

17. Les moyens de paiement correspondent-ils aux usages des publics ?

TWINT, cartes, virement, QR et dons réguliers ont des logiques différentes. L’important est leur intégration dans le parcours, pas leur simple présence.

18. Le CRM connaît-il la source originale de la relation ?

Lorsque le canal de conversion écrase le canal d’origine, l’organisation peut attribuer toute la valeur au dernier clic et perdre la compréhension du parcours multicanal.

19. Quelles données sont réellement fiables ?

Avant d’ajouter des dashboards, vérifier les doublons, champs incomplets, conventions de source, dates, statuts de paiement et historiques.

20. Les données collectées ont-elles une utilité définie ?

Collecter davantage n’est pas automatiquement mieux. Chaque donnée sensible ou personnelle devrait avoir un usage clair, proportionné et compréhensible.

Pour le contexte suisse du paiement, voir notre analyse TWINT, QR et dons réguliers.

Bloc 5 — Pilotage, gouvernance et capacité d’exécution

21. Fundraising, communication, digital et CRM partagent-ils les mêmes objectifs ?

Une organisation peut avoir quatre équipes performantes et un parcours donateur incohérent si chacune optimise sa propre métrique.

22. Qui possède la période après l’acquisition ?

Lorsque personne n’est clairement responsable de l’onboarding, du deuxième don ou des incidents de paiement, les ruptures passent facilement entre les équipes.

23. Quels KPI déclenchent une décision ?

Un indicateur utile doit conduire à une action possible : corriger, arrêter, tester, augmenter ou approfondir. Sinon il reste du reporting.

24. Combien de changements l’équipe peut-elle réellement absorber ?

Une roadmap de vingt projets urgents est souvent une absence de priorité. L’audit doit tenir compte des personnes, du calendrier, des outils et des dépendances.

25. Que devrions-nous arrêter de faire ?

C’est parfois la question la plus difficile. Certaines campagnes, habitudes ou outils consomment des ressources simplement parce qu’ils existent depuis longtemps.

Un bon audit doit créer de la place, pas seulement ajouter des recommandations.

Comment transformer 25 réponses en priorités

Nous ne donnerions pas une note globale artificielle. Nous classerions plutôt les constats selon quatre dimensions :

  • Impact : quel effet potentiel sur revenu, rétention, qualité ou efficacité ?
  • Urgence : le problème crée-t-il une perte immédiate ou un risque croissant ?
  • Effort : combien de temps, de budget et de coordination sont nécessaires ?
  • Dépendance : faut-il résoudre autre chose avant de pouvoir agir ?

Cette matrice permet de séparer trois types d’actions.

Quick wins

Petites corrections à faible effort : message de confirmation, lien cassé, source CRM, processus d’échec de paiement, CTA ou formulaire.

Chantiers structurants

Onboarding, modèle de données, refonte d’un parcours, stratégie d’acquisition, gouvernance entre équipes.

Questions à investiguer

Situations où les données ne sont pas suffisantes pour décider. Le bon résultat de l’audit peut être de définir le test ou la mesure manquante.

Le tableau de bord minimal que nous demanderions

Avant d’ajouter des dizaines de KPI, nous chercherions à rendre fiables une dizaine de mesures :

  • revenu fundraising total par grande source ;
  • nombre de donateurs actifs ;
  • nouveaux donateurs par canal ;
  • CPA par canal ;
  • activation des dons réguliers ;
  • deuxième don ;
  • rétention 3 / 6 / 12 mois ;
  • valeur cumulée à 12 mois ;
  • échecs de paiement et annulations ;
  • quelques motifs documentés de départ.

Ce tableau doit permettre de suivre les cohortes dans le temps. Sans cela, acquisition et fidélisation restent artificiellement séparées.

Une mission d’audit en quatre étapes

1. Cadrage

Définir les questions auxquelles la direction doit répondre, les données disponibles et le périmètre réellement utile.

2. Observation

Analyser les chiffres, tester les parcours, lire les messages, observer le CRM et échanger avec les personnes qui travaillent réellement avec les donateurs.

3. Priorisation

Relier les problèmes entre eux, distinguer cause et symptôme, puis ordonner les décisions.

4. Plan d’action

Définir 3, 6 et 12 mois avec responsables, dépendances, indicateurs et conditions de succès.

Les réponses comptent moins que les décisions qu’elles rendent possibles

Un audit fundraising n’a pas besoin d’être gigantesque pour être utile. Il a besoin d’être précis sur les questions qui empêchent aujourd’hui l’organisation de décider.

Si les revenus progressent mais que la base active diminue, le sujet est la continuité. Si le CPA monte mais que la valeur à 12 mois progresse davantage, le sujet est la qualité. Si le digital convertit mais que les données n’arrivent pas dans le CRM, le sujet est le système. Si les équipes ne peuvent pas absorber dix nouveaux projets, le sujet est la priorité.

L’audit est terminé quand l’organisation sait ce qu’elle doit faire en premier — et pourquoi.

Pour situer ce diagnostic dans le contexte actuel, consultez le guide Fundraising en Suisse 2026, nos analyses Acquisition vs fidélisation et CPA, rétention et valeur donateur, ainsi que notre page Audit fundraising.

Sources et cadre

Les 25 questions et la méthode de priorisation constituent un cadre de travail Innovate. Elles doivent être adaptées à la taille, au modèle de financement, aux données et aux capacités de chaque organisation.