Le fundraising suisse entre en 2026 avec un paradoxe. Le volume global des dons reste historiquement élevé, mais plusieurs indicateurs montrent que cette solidité ne doit pas être confondue avec une croissance automatique de la base de donateurs.
Selon la Fondation Zewo, les dons reçus en Suisse en 2025 sont encore estimés à environ 2,3 milliards de francs. Au 14 septembre 2026, la Zewo présente toujours ce chiffre comme une prévision : les chiffres définitifs 2025 doivent être publiés une fois les comptes révisés consolidés.
Ce détail est important. Une stratégie de fundraising sérieuse doit distinguer ce qui est déjà établi de ce qui reste une estimation. Mais même à ce stade, la tendance est suffisamment claire pour tirer plusieurs enseignements utiles.
Le marché suisse ne manque pas de générosité. L’enjeu est de savoir si cette générosité se transforme en relations suffisamment nombreuses, diversifiées et durables.
En bref : cinq signaux à retenir en 2026
- Le volume total des dons 2025 est estimé à environ 2,3 milliards de francs, soit une sixième année consécutive au-dessus de deux milliards.
- Les organisations certifiées Zewo devraient recevoir environ 1,47 milliard de francs.
- Les dons des ménages privés restent la première source pour ces organisations, avec environ 760 millions de francs, mais ils devraient légèrement reculer tandis que les contributions institutionnelles progressent.
- Les données 2024 montrent déjà une diminution de la base active de donateurs, alors même que le volume global reste élevé.
- Le digital continue de progresser. TWINT reste central dans les paiements numériques, mais le montant moyen des dons numériques reste inférieur à celui des virements bancaires ou postaux.
1. Un marché à 2,3 milliards ne signifie pas que toutes les organisations progressent
La prévision Zewo pour 2025 repose sur un échantillon de 44 organisations certifiées représentant environ 27 % des recettes de dons des organisations Zewo. Elle estime le volume national à environ 2,3 milliards de francs, légèrement au-dessus de 2024.
Le chiffre est impressionnant. Il peut pourtant produire une lecture trompeuse si on l’utilise comme unique indicateur de santé du secteur.
En 2024, le volume des dons en Suisse avait déjà atteint 2,25 milliards de francs. Les organisations certifiées Zewo avaient reçu 1,503 milliard. Mais la statistique Zewo 2024 montre en parallèle que la diminution de la base active de donateurs pesait sur les recettes. Près de la moitié des organisations interrogées signalaient un impact moyen ou fort de cette contraction.
Autrement dit, deux phénomènes peuvent se produire simultanément : les montants collectés restent élevés, tandis que le nombre de personnes qui participent réellement au financement se réduit.
C’est l’une des raisons pour lesquelles nous recommandons de suivre le fundraising avec une logique de base active, et pas seulement de revenu annuel. Une organisation doit savoir combien de personnes donnent encore, combien arrivent, combien reviennent et combien disparaissent.
Cette lecture complète directement notre analyse « Plus de dons, moins de donateurs ».
2. Les ménages privés restent centraux, mais le financement se diversifie
Dans la prévision 2025, les ménages privés restent la principale source de dons des organisations certifiées Zewo, avec environ 760 millions de francs. Leur contribution devrait toutefois légèrement diminuer.
En parallèle, les dons institutionnels — notamment ceux de fondations donatrices, de plateformes ou de communes — gagnent en importance. Cette progression compense une partie du recul observé ailleurs.
Pour une direction d’ONG, le sujet n’est donc pas de choisir entre fundraising individuel et financement institutionnel. La question est plutôt de comprendre la structure de dépendance de l’organisation.
- Quelle part des revenus dépend des ménages privés ?
- Quelle part dépend de quelques fondations ou grands financeurs ?
- Que se passe-t-il si un financeur important se retire ?
- La base de donateurs individuels se renouvelle-t-elle suffisamment ?
- Les revenus récurrents progressent-ils ou diminuent-ils ?
Une année financièrement positive peut masquer une concentration croissante du risque. C’est pourquoi un audit fundraising devrait toujours examiner la composition des revenus, et pas uniquement leur évolution globale.
3. La base active de donateurs devient un indicateur stratégique
Les organisations mesurent souvent avec précision le chiffre d’affaires, le coût d’une campagne ou le nombre de nouveaux donateurs. Elles mesurent moins systématiquement la vitesse à laquelle leur communauté se renouvelle ou s’érode.
Pourtant, la base active joue plusieurs rôles à la fois. Elle apporte du revenu, mais aussi de la légitimité, du bouche-à-oreille, des participants aux campagnes, des bénévoles potentiels et une réserve de personnes dont l’engagement peut évoluer dans le temps.
Le bon tableau de bord 2026 devrait donc suivre au minimum :
- le nombre de donateurs actifs ;
- les nouveaux donateurs acquis par canal ;
- le taux de deuxième don ;
- la rétention à 90, 180 et 365 jours ;
- le taux de dons récurrents ;
- les interruptions liées aux paiements ;
- le coût d’acquisition par canal ;
- la valeur nette à 12 mois des nouveaux donateurs ;
- les motifs connus de départ ou de diminution du soutien.
Le coût par acquisition décrit le prix d’un premier oui. La rétention décrit la qualité de la relation qui suit.
C’est particulièrement important pour les dispositifs d’acquisition et de face-to-face fundraising, où deux campagnes ayant le même coût initial peuvent produire des valeurs très différentes après douze mois.
4. Le digital progresse, mais un paiement facile ne suffit pas
Les paiements numériques sont désormais une composante normale du fundraising suisse. En 2024, la Zewo indiquait un don moyen d’environ 198 francs par virement bancaire ou postal, contre environ 95 francs via les moyens de paiement numériques. TWINT générait le plus grand volume de dons numériques, avec un montant moyen en baisse.
TWINT indique par ailleurs que plus de 40 000 associations et organisations d’intérêt public utilisent ses solutions pour encaisser des cotisations, des paiements ou des dons. Sa fonction de dons permet aussi des contributions mensuelles et réunit plus de 200 organisations caritatives dans l’application.
Ces données ne signifient pas qu’un canal est « meilleur » qu’un autre. Elles montrent surtout que le contexte du don influence son comportement. Un don spontané par QR code lors d’un événement n’a pas la même logique qu’un virement de fin d’année ou qu’un engagement mensuel.
La priorité est donc de construire un parcours de don numérique cohérent :
- un passage au paiement avec le moins de friction possible ;
- la collecte des données réellement utiles et consenties ;
- un remerciement immédiat et adapté au contexte ;
- une transmission fiable vers le CRM ou la base donateurs ;
- un scénario d’accueil après le premier don ;
- une gestion propre des échecs ou changements de paiement ;
- une mesure qui relie le canal initial à la relation dans le temps.
Le paiement est une étape du parcours. Il ne doit pas devenir la fin du parcours.
5. La Suisse n’est pas un seul marché donateur
Le Baromètre d’image et des dons de Swissfundraising est représentatif de la population suisse par région linguistique. Depuis 2025, sa méthodologie a évolué, ce qui invite également à la prudence lorsque l’on compare certains résultats avec les anciennes séries.
Pour les organisations, le message opérationnel est simple : il faut éviter de traiter la Suisse comme un bloc homogène. Une campagne nationale peut avoir besoin d’adapter son langage, ses références, ses canaux et parfois son rythme entre Suisse romande, Suisse alémanique et Tessin.
Cette adaptation ne signifie pas seulement traduire une campagne. Elle consiste à tester si la proposition, la confiance, le niveau d’information et l’appel à l’action fonctionnent de la même manière selon les publics.
6. L’acquisition coûte plus cher lorsqu’elle reste séparée de la fidélisation
Beaucoup d’organisations gèrent encore l’acquisition comme un objectif autonome : atteindre un volume, signer un nombre de nouveaux mandats, générer un nombre de premiers dons ou atteindre un coût cible.
Le problème commence lorsque personne ne possède réellement la période qui suit.
Qui remercie ? Qui explique l’impact ? Qui détecte un problème de paiement ? Qui mesure le deuxième don ? Qui compare la rétention des personnes acquises en digital, dans la rue, par téléphone ou via un événement ?
Lorsqu’une organisation sépare trop fortement ces responsabilités, elle risque de produire ce que nous avons décrit dans notre analyse sur le fundraising multicanal et les silos : chaque canal peut sembler performant isolément alors que le parcours global perd de la valeur.
La solution n’est pas d’opposer acquisition et fidélisation. C’est de les relier autour d’une même définition de la qualité.
7. Ce que nous regarderions dans un audit fundraising en 2026
Pour transformer ces tendances en décisions, nous commencerions par une lecture en cinq blocs.
A. Structure des revenus
- Part ménages privés, grands dons, fondations, entreprises, legs et institutions.
- Niveau de concentration des revenus et dépendances critiques.
- Évolution sur trois à cinq ans plutôt qu’une seule année.
B. Acquisition
- Coût complet par canal et volume réellement acquis.
- Qualité des données collectées.
- Rétention à 90, 180 et 365 jours.
- Valeur nette à 12 mois plutôt que simple don initial.
C. Relation donateur
- Qualité du remerciement et de l’onboarding.
- Fréquence et cohérence des communications.
- Deuxième don, conversion au régulier et attrition.
- Capacité à traiter les retours, demandes et incidents de paiement.
D. Données et systèmes
- Fiabilité du CRM et déduplication.
- Connexion entre formulaires, paiements et base donateurs.
- Disponibilité des KPI pour les équipes opérationnelles.
- Respect des règles de protection des données et des consentements.
E. Pilotage
- Objectifs réellement partagés entre fundraising, communication et digital.
- Indicateurs qui déclenchent une décision, pas seulement un reporting.
- Capacité à arrêter, corriger ou amplifier une campagne rapidement.
Cette logique est au cœur de notre approche d’audit fundraising et de stratégie fundraising.
8. Une feuille de route réaliste sur 90 jours
Il n’est pas nécessaire de reconstruire tout le fundraising d’une organisation en une fois. Une démarche utile peut commencer par trois phases courtes.
Jours 1 à 30 : établir la réalité
Nettoyer les données essentielles, définir la base active, comparer les canaux, identifier les ruptures du parcours et isoler les quelques indicateurs réellement fiables.
Jours 31 à 60 : choisir deux ou trois priorités
Par exemple : améliorer l’onboarding des nouveaux donateurs, réduire les incidents de paiement, corriger un formulaire de don ou comparer la rétention de deux canaux d’acquisition.
Jours 61 à 90 : tester et mesurer
Lancer un pilote limité avec un objectif explicite. Mesurer non seulement le taux de conversion immédiat, mais aussi les premiers indicateurs de qualité de la relation.
Cette discipline évite deux écueils fréquents : accumuler des projets technologiques sans problème clairement défini, ou maintenir des campagnes historiques uniquement parce qu’elles ont toujours existé.
9. Les cinq questions qu’une direction devrait pouvoir répondre
- Notre base active de donateurs grandit-elle réellement ?
- Quels canaux produisent les relations les plus durables, et pas seulement le plus de premiers dons ?
- Quelle part de nos revenus dépend de quelques financeurs ?
- Que se passe-t-il concrètement pendant les 90 jours qui suivent un premier don ?
- Nos données permettent-elles de prendre une décision ou seulement de produire un rapport ?
Si plusieurs de ces questions restent sans réponse, le problème n’est pas nécessairement un manque de campagnes. Il peut être un manque de visibilité sur le système de fundraising lui-même.
Ce que les chiffres suisses nous disent réellement
Les dons restent élevés en Suisse. C’est une bonne nouvelle. Mais cette stabilité ne doit pas devenir une raison de conserver les mêmes indicateurs et les mêmes méthodes.
La composition des financements évolue. La base active de donateurs subit des tensions. Les paiements numériques modifient les comportements. Les organisations internationales affrontent davantage d’incertitude sur certains financements publics. Et la concurrence pour l’attention continue de progresser.
Le fundraising robuste en 2026 ne sera donc pas celui qui utilise le plus de canaux. Ce sera celui qui comprend quels publics il mobilise, combien coûte réellement la relation, comment cette relation évolue et où elle se rompt.
La priorité n’est pas de collecter partout. Elle est de savoir où une organisation crée une relation suffisamment forte pour durer.
Pour aller plus loin, consultez nos pages consacrées à l’accompagnement fundraising, à l’audit, à l’acquisition, au face-to-face, au digital fundraising et à la fidélisation des donateurs.
Sources
- Fondation Zewo — Statistiques des dons : prévision 2025 et chiffres 2024
- Fondation Zewo — Statistiques des dons 2024
- Swissfundraising — Les dons restent stables, le financement s’appuie sur une base plus large
- Swissfundraising — Baromètre d’image et des dons
- TWINT — Solutions pour associations et organisations à but non lucratif
- TWINT — Fonction Dons
