En Suisse, TWINT est devenu un réflexe de paiement. Pour les ONG et associations, cela crée une opportunité évidente : rendre le don plus simple dans une lettre, sur une affiche, pendant un événement, sur un site ou directement dans une application.

Mais simplifier le paiement ne suffit pas à construire un bon parcours de don. Selon la solution choisie, l’organisation ne collecte pas les mêmes données, ne contrôle pas la même expérience et ne dispose pas des mêmes possibilités pour remercier, attribuer ou fidéliser.

Un QR code peut supprimer une friction de paiement. Il ne remplace ni la stratégie de collecte, ni la qualité des données, ni la relation qui suit.

La Fondation Zewo indique qu’en 2024 le don moyen était d’environ 198 francs par virement bancaire ou postal contre 95 francs via les moyens de paiement numériques. TWINT représentait le plus grand volume de dons numériques. Ces chiffres ne signifient pas qu’un canal est meilleur qu’un autre : ils rappellent que le contexte du don influence fortement le montant et le comportement.

En bref : sept décisions à prendre avant d’ajouter un bouton TWINT

  • Quel moment du parcours veut-on simplifier ?
  • Le don doit-il être identifié ou peut-il rester anonyme ?
  • Quelles données sont réellement nécessaires à la relation ?
  • Comment le paiement arrive-t-il dans le CRM ou la base donateurs ?
  • Quel remerciement est déclenché et à quel moment ?
  • Souhaite-t-on proposer un don ponctuel, mensuel ou les deux ?
  • Comment mesurera-t-on la valeur au-delà de la transaction immédiate ?

1. « Donner avec TWINT » recouvre plusieurs expériences différentes

Il est utile de distinguer au moins quatre usages.

Le QR code sur place

Un code QR peut être affiché lors d’un événement, dans un lieu public, sur un stand ou dans les locaux de l’organisation. La personne scanne et paie directement.

Le QR code imprimé

Le même principe peut être intégré à une lettre, un flyer, une brochure, une affiche ou une carte postale. Il crée un pont entre un support physique et le paiement mobile.

Le lien ou bouton de paiement en ligne

TWINT propose également des liens de paiement utilisables sur un site, dans un e-mail, un SMS ou un autre support numérique. Pour une ONG, cela peut raccourcir fortement le chemin entre l’intention et le paiement.

La fonction « Dons » dans l’app TWINT

La fonction dédiée réunit des organisations caritatives contrôlées et permet de sélectionner une organisation, un montant et, selon le parcours, un don mensuel. TWINT indique aujourd’hui plus de 180 organisations dans cette fonction et plus de 40 000 associations et organisations d’intérêt public utilisant ses solutions plus largement.

Ces usages ne répondent pas au même besoin. Une collecte spontanée à un événement n’a pas la même logique qu’un programme de dons réguliers ou qu’un parcours digital issu d’une campagne.

2. Commencer par le contexte, pas par le moyen de paiement

La première question ne devrait pas être « comment ajouter TWINT ? », mais « à quel moment une personne essaie-t-elle de nous soutenir ? »

Quelques contextes typiques :

  • une personne voit une affiche dans l’espace public ;
  • elle reçoit un courrier à domicile ;
  • elle rencontre une équipe face-to-face ;
  • elle assiste à un événement ;
  • elle arrive sur une landing page après une campagne ;
  • elle souhaite renouveler un soutien existant ;
  • elle veut faire un don rapidement en réaction à une urgence.

Dans chacun de ces cas, la friction n’est pas la même. Le bon parcours peut être un QR code immédiat, un formulaire plus complet, un lien de paiement ou une combinaison.

3. Le montant moyen plus faible du digital ne dit pas que le digital vaut moins

La statistique Zewo 2024 — 198 francs en moyenne par virement bancaire ou postal contre 95 francs par moyen numérique — est importante, mais elle doit être interprétée avec prudence.

Le montant dépend notamment du contexte, du profil de la personne, du type de campagne, de l’urgence et de la facilité d’usage. Les paiements numériques peuvent faciliter des dons plus spontanés ou plus petits qui n’auraient peut-être pas eu lieu autrement.

La comparaison utile n’est donc pas seulement le don moyen. Nous regarderions :

  • taux de conversion par parcours ;
  • montant médian et moyen ;
  • part de nouveaux vs anciens donateurs ;
  • qualité des données récupérées ;
  • taux de deuxième don ;
  • conversion au don régulier ;
  • valeur cumulée à 12 mois.

Cette logique rejoint notre analyse sur la valeur réelle d’un nouveau donateur.

4. QR anonyme ou don identifié : décider avant de lancer

TWINT précise que certaines solutions QR peuvent fonctionner sans données clients, tandis que d’autres permettent d’obtenir des informations sur le paiement ou de s’appuyer sur des solutions partenaires plus complètes.

Le choix a un impact stratégique.

Don anonyme ou presque anonyme

Avantages : simplicité maximale, peu de champs, bon potentiel pour un paiement spontané.

Limites : capacité réduite à remercier personnellement, à attribuer la relation et à mesurer la rétention.

Don identifié

Avantages : remerciement, attestation, CRM, segmentation et suivi plus faciles.

Limites : davantage de friction et davantage de responsabilité en matière de données.

La bonne réponse dépend du moment. À un événement, il peut être plus important de rendre le geste extrêmement simple. Dans une campagne d’acquisition structurée, perdre toute possibilité de relier le don à la campagne peut coûter beaucoup d’information.

5. Le CRM doit savoir d’où vient le don

Une transaction correctement encaissée mais mal enregistrée crée un problème invisible. Le revenu est là, mais l’organisation perd le contexte de la relation.

Nous chercherions à conserver, lorsque c’est possible :

  • source ou campagne ;
  • support ou emplacement du QR code ;
  • date et montant ;
  • type de don ponctuel ou récurrent ;
  • identifiant permettant le rapprochement ;
  • données de contact lorsque la personne les fournit et que leur usage est justifié ;
  • consentements associés.

Pour les campagnes importantes, utiliser le même QR code partout peut rendre l’attribution inutilement floue. Des identifiants ou liens distincts par support permettent souvent de mieux comprendre ce qui fonctionne.

6. Le remerciement commence juste après le paiement

Une confirmation technique du paiement est nécessaire. Elle ne remplace pas toujours un remerciement de l’organisation.

Le bon enchaînement dépend du niveau d’identification disponible, mais le principe reste le même :

  1. confirmer la transaction ;
  2. remercier ;
  3. rappeler ce que le soutien rend possible ;
  4. expliquer la suite ;
  5. proposer une attestation lorsque c’est pertinent ;
  6. ne pas transformer immédiatement la page de confirmation en nouvelle demande.

Ce moment s’inscrit directement dans les 90 premiers jours d’un nouveau donateur.

7. Le don mensuel change l’économie du parcours

La fonction Dons de TWINT permet de configurer un don mensuel, et les paiements automatisés existent également dans d’autres contextes TWINT.

Pour une organisation, le don mensuel ne doit pas être présenté uniquement comme un bouton « régulier ». Il implique un autre parcours :

  • expliquer clairement la fréquence et le montant ;
  • confirmer l’autorisation ;
  • rendre la modification ou l’arrêt compréhensibles ;
  • surveiller les échecs ;
  • mesurer l’activation puis la rétention ;
  • adapter la communication à une personne déjà engagée régulièrement.

M+R Benchmarks 2026 montre, dans son échantillon international, la durabilité potentielle des dons mensuels : 71 % des nouveaux sustainers étudiés étaient encore actifs après un an. Ce chiffre n’est pas un benchmark suisse, mais il explique pourquoi la rétention des paiements récurrents mérite autant d’attention que leur acquisition.

8. 2027 ajoute un nouveau sujet avec le débit direct TWINT

TWINT a annoncé une solution de débit direct pour les paiements récurrents à partir de 2027, en anticipation de la fin de LSV+ prévue pour septembre 2028. Les organisations sociales et d’intérêt public figurent parmi les usages explicitement visés.

Il faut distinguer ce futur produit du parcours de dons actuellement disponible. Mais pour les organisations qui utilisent aujourd’hui des mécanismes récurrents ou factures automatiques, cette évolution mérite déjà d’être suivie.

Elle renforce une tendance plus large : le paiement et la gestion des autorisations deviennent de plus en plus numériques et contrôlables par l’utilisateur. Les stratégies fundraising doivent anticiper cette évolution dans leurs systèmes, leur CRM et leurs procédures de service donateurs.

9. Une matrice simple pour choisir le bon parcours

Nous utiliserions quatre questions.

1. Le don est-il spontané ou préparé ?

Plus le moment est spontané, plus la simplicité du paiement devient importante.

2. La relation doit-elle pouvoir continuer ?

Si l’acquisition et la fidélisation sont des objectifs, la récupération de données pertinentes et consenties devient plus importante.

3. Le support est-il physique ou numérique ?

Un QR code peut être idéal pour le print ou le terrain ; un bouton ou lien peut être plus naturel dans un e-mail ou sur une landing page.

4. Le don est-il ponctuel ou régulier ?

Le récurrent demande davantage de clarté sur l’activation, la gestion du mandat et la rétention.

10. Les KPI que nous suivrions

  • scans ou visites du parcours lorsque mesurables ;
  • taux de finalisation ;
  • montant moyen et médian ;
  • part de dons ponctuels / réguliers ;
  • part de dons identifiables ;
  • qualité des données ;
  • coût de transaction et coût du dispositif ;
  • deuxième don ;
  • rétention des dons réguliers ;
  • valeur à 12 mois par source.

Le but est d’éviter qu’un moyen de paiement très visible devienne une catégorie analytique isolée. TWINT est une étape du parcours ; la relation peut avoir commencé ailleurs.

11. Trois erreurs que nous éviterions

Utiliser un QR code unique pour toutes les campagnes

Simple à administrer, mais souvent pauvre pour comprendre l’origine du don.

Demander trop de données avant le paiement

La volonté de connaître le donateur peut recréer la friction que le paiement mobile devait supprimer.

Mesurer uniquement le volume encaissé par TWINT

Ce chiffre ne dit ni ce qui a convaincu la personne, ni ce qu’elle fera ensuite. Il doit être relié au contexte, à la cohorte et à la relation.

12. Une feuille de route pratique

  1. Cartographier : identifier tous les endroits où TWINT ou un QR code est proposé.
  2. Qualifier : préciser pour chaque point le contexte, l’objectif et le niveau de données nécessaire.
  3. Attribuer : distinguer les campagnes et supports importants.
  4. Connecter : documenter le passage du paiement vers le CRM, le remerciement et l’attestation.
  5. Mesurer : suivre non seulement le don, mais le deuxième engagement et la valeur dans le temps.

Cette démarche peut être intégrée à un audit de digital fundraising ou à un audit fundraising plus global.

Le meilleur paiement est celui qui s’intègre au parcours

TWINT a un avantage évident en Suisse : il est familier, mobile et utilisable dans de nombreux contextes physiques ou numériques. Mais sa force ne dispense pas l’organisation de concevoir ce qui vient avant et après.

Un bon parcours doit rendre le geste simple sans rendre la relation invisible.

Réduire la friction est utile. Conserver le sens, le contexte et la capacité à remercier l’est tout autant.

Pour continuer, consultez notre guide Fundraising en Suisse 2026, notre méthode sur les 90 premiers jours et notre page Digital fundraising.

Sources et périmètre

Les produits et conditions TWINT peuvent évoluer ; les organisations doivent vérifier les options et tarifs actuels auprès de TWINT ou de leur prestataire. Les benchmarks M+R ne sont pas des statistiques suisses.